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Litvinenko, l’homme empoisonné qui n’a pas pu témoigner contre Poutine : l’embryon de l’enquête en Espagne

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Le mercredi 1er novembre 2006, Alexandre Litvinenko, qui avait été un espion du FSB (l’ancien KGB) jusqu’en 1998, accompagné de plusieurs officiers lors d’une conférence de presse, dénonçant que leurs supérieurs avaient ordonné l’assassinat de l’oligarque Boris Berezovski, s’est rendu à l’hôtel Millennium de Mayfair, Londres , pour prendre le thé avec d’anciens collègues du renseignement russe. Et quelques jours plus tard mort empoisonné après avoir été intoxiqué au polonium 210.

Déjà à ces dates, ce colonel de l’armée russe avait fourni des informations importantes aux services secrets britanniques (MI5), et avait entamé depuis le 1er juin une collaboration avec le Centre national de renseignement espagnol (CNI). Mais le plus important est que Litvinenko, face aux soupçons du Parquet espagnol anti-corruption, avait manifesté son intention de témoigner en secret devant la Haute Cour nationalequi avait alors ouvert une enquête secrète sur les activités de la mafia russe en Espagne et les liens présumés d’organisations criminelles avec les autorités de Moscou, dont Vladimir Poutine.

Fernando Andreu, alors chef du tribunal d’instruction numéro 4 de la Haute Cour nationale, et le procureur José Grinda avaient ordonné en 2006 aux agents de la Garde civile de mettre sur écoute les téléphones des principaux dirigeants du clan mafieux de Saint-Pétersbourg appelés ‘Tambovskaya – Melyshevskaïa,’ Gennadios Petrov et Alexander Melyshev.

Mais aussi ceux de dizaines de membres de l’organisation criminelle chargés de blanchir l’argent des Chypreun pays dans lequel des oligarques et des criminels russes cachaient les fonds qu’ils avaient obtenus de leurs activités criminelles en Russie.

« Voleurs en droit »

Ils ont également ouvert des enquêtes sur les activités de autres « voleurs en droit » (« vory v zakonen », en russe) comme le patron de la mafia russo-géorgienne Zakhar Kalashov (Shakro) et Vladimir A. Tiourine, basés en Sibérie. Selon la transcription de l’interrogatoire de Litvinenko effectué le 1er juin 2006 à Londres, publiée sur son site Internet par le Groupe d’experts sur la lutte contre la corruption transfrontalière du Forum de la société civile UE-Russie, dans laquelle les journalistes Anastasia Kirilenko et Atanas Chobanov, l’ancien espion russe, ont fourni des informations sur ces deux criminels présumés, qui s’étaient installés en Espagne.

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Dans son témoignage, Litvinenko a également noté l’implication du Premier ministre russe de l’époque, Vladimir Poutine, qu’il accuse de contrôler, avec d’autres citoyens russes, le trafic d’héroïne en Afghanistan, premier producteur mondial de cette drogue. Parmi les partenaires présumés de l’actuel président russe figurait Mikhail Chernoi, qui, avec Oleg Deripaska, a fait l’objet d’une enquête de la Garde civile en Espagne.

Selon cette enquête préliminaire, dont le contenu a été consulté par El Periódico de España, un journal du même groupe, Prensa Ibérica, que ce journal, Mijail Chernoi et Oleg Deripaska étaient liés à la structure criminelle russe Izmailovskayadans lequel le premier jouait le rôle de leader absolu de la section économique.

Des fonds pour Poutine

Ces premières enquêtes sont allées plus loin dans les liens de Poutine avec les oligarques, car elles ont souligné que le crime organisé aurait pu lui fournir des fonds pour être élu président de la Fédération de Russie. Plus précisément, Oleg Deripaska s’est vu attribuer la participation à une réunion du crime organisé au cours de laquelle il a été décidé de parier sur Poutine. La personne choisie devait accepter les conditions des oligarquesparmi lesquelles celle de ne pas relever plusieurs ministres et hauts fonctionnaires de l’Administration, jugés indispensables, dans un délai de huit ans.

Après avoir engagé une procédure devant le Tribunal national contre Deripaska et Iskandar Makhmudov, qui sont désormais deux des hommes les plus riches de Russie, bien qu’après l’invasion russe de l’Ukraine, ils aient fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis et de l’Union européenne (UE) -, Le juge Fernando Andreu a décidé d’envoyer la procédure en Russie. Un tribunal de ce pays a suspendu les poursuites contre ces deux oligarques en 2016, ne voyant aucune preuve d’un crime.

Faits sur Vladimir Tiuorine

Le juge Andreu a également évoqué en 2014, au regard des critères du Parquet anti-corruption, laLes enquêtes qui avaient commencé contre le capo présumé du clan mafieux BratskayaVladimir Tiourine, qui contrôlait le crime organisé en Sibérie. Litvinenko lui-même, bien qu’il ait assuré aux autorités espagnoles qu’il ne connaissait pas ce criminel, l’a lié à la privatisation d’une entreprise de pâte à papier à Brats, la ville d’origine de Tiourine. Récemment, les autorités russes, qui ont maintenu l’affaire contre ce citoyen russe ouverte pendant huit ans sans pouvoir le mettre sur le banc, ont signalé à la Cour nationale la possibilité de renvoyer l’affaire devant le numéro du Tribunal central d’instruction espagnol 4, tel que rapporté par El Periódico de España.

En 2021, 15 ans après l’empoisonnement, le Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a déterminé que le gouvernement russe avait été directement responsable de la mort de Litvinenko, dont le témoignage a pointé, entre autres, le Kalashov russo-géorgien. Ce « voleur en droit », après avoir été accusé par le parquet anti-corruption, a été reconnu coupable des crimes d’organisation criminelle et de blanchiment d’argent en Espagne, pays dans lequel il est resté en prison pendant huit ans jusqu’à son extradition vers la Russie.

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